Tour de France 2010

Publié le par Admin

Je ne saurais dire précisément où et quand l’idée m’est venue mais toujours est-il que pour les vacances d’été 2010, j’avais trouvé ma destination : faire le Tour de France. Oh pas un tour en dilettante, en touriste. Le vrai Tour de France, à la poursuite de Cantador et Armstrong. 

 

J’ai bien noté à la poursuite, et non pas devant eux car ils auraient vite fait de me rattraper. Pas la peine que j’explique quel sera mon véhicule, le Derny.

 

Planification : restauration d’un derny solo, essais et vogue la galère. Le tout devant être prêt, non pas pour Rotterdam ( trop de kilomètres pour y aller ) mais pour Epernay, pas trop éloigné de la région parisienne, au cas où.

 

Premier changement. J’avais prévu que Danièle suive à moto avec armes ( ou plutôt outils ) et bagages, afin que ma bête de course ne soit pas trop lourde, mais hélas, ce ne sera pas possible. Donc mon fougueux destrier va se retrouver chargé comme un baudet.

 

A 2 jours du départ, le superbe moteur qui était sur ce Derny solo, s’avère bien poussif, avec une compression médiocre, un vilain bruit dans l’embrayage, et une carburation asthmatique. N’ayant plus le temps de faire de la mise au point, je pique le moteur du tandem et peut partir confiant.

 

Deux modifications, pas d’époque, avant de partir :

-         Une selle récente au vu des nombreuses heures que je vais passer à pédaler,

-         et un second plateau un peu plus petit pour essayer de rendre les passages de cols un peu moins impossibles.

 

Compte tenu que les routes empruntées par les coureurs sont en moyenne fermées 5 heures, je ferai les étapes avec un jour d’écart pour avoir le champ libre.

 

Et le jeudi 8 juillet. Me voilà parti. Pas de bonne heure mais ce sera la seule fois.

 

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Les premiers jours, rien de spécial à signaler, si ce n’est une météo maussade voir pluvieuse qui me vaudra la seule chute de ce parcours. Jusqu’au Jura, les villes et villages traversés ont fait des efforts avec des vélos décorés un peu partout, accrochés aux arbres ou des sculptures à base de vélo.

 

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Sitôt arrivé en montagne, plus aucune trace de décoration jusqu’à la fin du tour. Peut être sont-ils blasés ?

 Quelques menus bricolages sur le derny, écrous du pot, du porte bagage et dérailleurs baladeurs, mais rien de bien conséquent. Jusqu’au moment de la panne. D’allumage, parce que c’est celle qui m’arrive toujours. Bon je suis en rase campagne, il bruine, ma béquille Décathlon made in China n’a pas résisté longtemps au poids de la machine. Tutti va bene !

 

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J’appelle Bobinage Pascal qui me donne, une fois encore, de bons conseils, démonte la magnéto, change les rupteurs et ma foi c’est reparti. Entre temps, l’heure du repas est passée et tous les restos sont fermés. Encore un repas de sauté.

 

Le Jura. Déjà sur certaines ascensions il a fallu  utiliser le plateau supplémentaire, mais en y allant tranquillement çà l’a fait. Mais quand le Derny chauffe parce qu’on est monté longtemps en 1ère, la perte de puissance est notoire. Il faudra faire avec.

 

Direction les Alpes. Est-ce la peur ? Non je ne crois pas. Le Derny n’a peur de rien. Est-ce l’altitude ? Non pas encore. Toujours est-il que la puissance s’évapore à vu d’œil. Le ralenti déjà pas très stable d’origine n’existe plus. Mais que me couve-t-il ? Je poursuis malgré tout mon chemin, jusqu’au moment où le bruit d’échappement devient plus présent. Je pense à la bougie qui s’est peut être desserrée. Et bien ! Surprise ! Quand j’attrape la bougie c’est tout le cylindre qui bouge. Je suis en train de perdre le cylindre. Par chance les 4 écrous sont encore présents, mais il y avait un jour de 1 mm entre le carter et le cylindre. Adieu la pré compression des gaz !!

 

Là je suis sûr que ma réparation va avoir un effet des plus bénéfiques. Et ce fut le cas, nous repartîmes à l’assaut des sommets comme en 40.

 

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Je savais bien que çà allait être difficile pour mon derny conçu pour la morne plaine. Et bien ce le fut.

Le col de la Madeleine, je l’ai attaqué doucement mais au fur à mesure que la route monte la pente se raidit. Quand on arrive au-delà des 8% il est impossible de monter à moyen régime. Je parle pour moi. Il faut que je pédale très vite pour permettre au moteur de rester dans les tours sans quoi : beuuuuuuuuuh et on s’arrête.

Des arrêts, il a fallu en faire. Pour permettre au moteur de souffler, à moi de souffler aussi et de boire. Compte tenu de l’altitude, le Derny ne redémarre pas facilement donc pour repartir, il faut que je reparte en sens inverse, dans la descente qu’il démarre et que sur l’élan je fasse demi tour en pédalant à fond. Cette technique me permettra de passer en force.

 

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Heureusement on peut manger en haut du col. Mais c’est de mauvais augure pour les Pyrénées plus dures.

Belle descente avec des passages à 17%, et même avec des mâchoires neuves, il faut être vigilent. 76 km/h au compteur sera la plus grosse pointe

 

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Pour compenser la distance entre les villes d’arrivée et de départ je ferai quelques variantes en fin de certaines étapes pour me permettre de ne pas être distancé. Mais la journée de repos prévue pour les coureurs, je l’ai utilisée pour rouler.  La selle s’avère être un bon choix, à défaut d’être confortable ( je passe environ 6 à 7 heures dessus ) elle ne provoque pas de douleur trop importantes.

 

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Km après km nous voilà rendus aux pieds des Pyrénées. Effectivement, c’est ardu mais çà va encore. Le juge de paix sera le Tourmalet. La veille petite révision, tension des chaînes, vérification de l’allumage, je mets un peu plus d’huile dans le mélange en vue de la sollicitation importante, bref aucune excuse mécanique.

Et nous y voilà, 1er col de la matinée, le col de Peyresourde, c’est très dur. En plus la météo est vraiment pas terrible, du brouillard épais et frais, et un monde fou. Cà passe difficilement. Le col d’Aspin arrive. Là je ne mégote pas, je monte à fond du début à la fin soit 12 kms. J’arrive mort ( je suis monté entre 28 et 32 km/h en permanence ). Descente dans le brouillard avec des voitures partout et les vaches qui traversent quand, et où, elles veulent.

 

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En prévision de la suite 2 crêpes puis 2 autres et je repars.

 

Nous y voilà. Enormément de monde. Des équipes complètes de cyclistes cheminent telles des fourmis à la queue leu leu. Plus les voitures et camping cars. Et toujours ce brouillard qui empêche de discerner la forme des virages et de la pente. Pour celle-ci, c’est écrit sur les bornes. Çà commence à 3% pour finir à 10%. Je ne pars pas à fond pour ne pas me griller de suite mais au fur et à mesure de la grimpette le régime moteur choit et je n’arrive plus à relancer la mécanique.  Un arrêt puis un autre. Les cyclistes, eux, avec leur petit braquet continuent, lentement mais sûrement.

 

Le trafic et la météo m’empêchent de démarrer dans la descente et de faire demi tour. J’arrive péniblement à démarrer à la poussette, mais même en faisant cirer un maximum l’embrayage, impossible de faire prendre des tours au moteur. Je reste assis là, à me demander quelle sera la suite. Un coup de vent me permet de voir que je suis à la Mongie soit à 5 kms du sommet. Pousser mon baudet sur  cette distance avec 10% de pente ne me parait pas faisable. Il est presque 14h je décide de redescendre.

 

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Le brouillard est toujours là. Je ne me rappelle même plus être passé par certains endroits. Dommage j’avais fait un sacré bout de chemin. Premier resto vu, je m’arrête. Une fois requinqué, en selle. Hélas ce n’était pas le jour, crevaison à l’arrière. Le patron du resto, me permet gentiment de réparer dans la cour et me prête son compresseur, plus pratique que ma pompe. Me voilà dans la vallée. Plus de brouillard mais la pluie à la place. Premier camping venu, je m’installe. J’y reste 2 jours. Ce sera mon seul jour de repos. D’une part parce que les coureurs refont le Tourmalet dans l’autre sens et que j’ai donné, et d’autre part il pleut sans discontinuer.

 

Maintenant je repars tranquillement vers Pau puis Bordeaux. Çà sent la fin. De Bordeaux point de TGV pour rentrer, mais la route.

Mon but étant atteint la motivation  est moins présente, mais le derny retrouvant sa vocation première, le Bordeaux-Paris, file son petit bonhomme de chemin.

 

Au final, j’arrive mardi midi, 27 juillet, en ayant parcouru, drôle de coïncidence exactement 3000 kms, pas un de plus, ni de moins. Mes mollets et cuisses ont bien grossi. Le derny est bien sale de projections de graisse nombreuses et variées mais s’est montré  (dans les limites de ses possibilités et de sa  conception) fidèle et pas délicat.

 

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Quelle sera sa prochaine aventure, ni lui ni moi, ne le savons encore, mais après un grand nettoyage et une petite révision il sera de nouveau prêt à reprendre la route.

 

Publié dans derny-en-ballade

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